Mon frère aîné qui travaillait dans les vignes depuis plus de 30 ans, est décédé d’un cancer des voies biliaires intra hépatiques à l’âge de 47 ans.


Je suis salariée viticole dans les vignes médocaines dans une entreprise de 20 hectares, et suis à ce titre exposée aux traitements de pesticides chaque année du 15 avril au 10 septembre environ.
Les produits utilisés sont des herbicides, des insecticides ( contre la flavescence dorée) et surtout des fongicides.
Pourtant je n’effectue pas les traitements et ne manipule pas les produits, mais je pénètre dans des parcelles dans lesquelles furent appliqués des pesticides 48h avant.
Je suis aussi très souvent exposée aux pulvérisations de pesticides effectuées sur les parcelles mitoyennes de celles où je travaille, appartenant à d’autres viticulteurs, il arrive ainsi que je sois à quelques dizaines de mètres d’un tracteur.
Il s’agit d’une exposition qui n’est pas prise en considération. Je ne porte pas d’EPI, et je ne souhaite pas en porter parce que je ne pense pas que la solution soit de se protéger parce que l’on ne sera jamais protégé à 100%, mais de supprimer le risque en lui-même! Avec mes collègues nous avons régulièrement en cette période-là, des problèmes cutanés, des maux de tête des douleurs abdominales que nous n’avons pas à d’autres moments de l’année. Personnellement, je souffre d’allergies depuis que je travaille à la vigne, alors qu’il n’y a pas de terrain héréditaire.
Parmi les salariés de la vigne, il y a un nombre croissant de cancers et de maladies graves et susceptibles d’être le signe d’intoxications chroniques.
Mon frère aîné qui travaillait dans les vignes depuis plus de 30 ans, est décédé d’un cancer des voies biliaires intra hépatiques à l’âge de 47 ans. J’ai engagé en son nom une procédure en reconnaissance post mortem de maladie professionnelle, qui est toujours en cours devant la Cour d’Appel de Bordeaux. Une expertise du dossier médical étant actuellement en cours, il y aura une audience courant 2016. Il y a une omerta dans le milieu viticole sur la réalité de la catastrophe sanitaire des pesticides, qui est une vraie chape de plomb pour le salarié qui est malade et souhaiterait engager une telle procédure ou simplement avoir des informations sur la nature des produits auxquels il a été exposé. C’est une des raisons pour lesquelles il y a peu de salariés qui bien qu’étant malades font une demande de reconnaissance de maladie professionnelle, et qu’il y a donc une sous-représentation statistique du nombre réel de professionnels salariés atteints. Le problème c’est que cela fait le jeu des firmes qui peuvent ainsi maintenir le flou sur la réalité des risques liés à l’utilisation de leurs produits.