Le « bon air de la campagne Seveso 2″…

25 ans que je vis en pleine campagne entouré à mon grand dam par 3 côtés sur 4 de cultures céréalières. C’est très clairement de pire en pire. A l’heure où j’écris, après un semi d’orge ou de blé de la veille, l’un de mes voisins agri vient d’épandre cette horreur pestilentielle de couleur jaune qui se généralise ces dernières années d’une parcelle à une autre dans ma « belle campagne » devenue à l’évidence terre d’expériences de résistance de l’espèce humaine aux produits les plus toxiques et malodorants possibles…
Depuis mon bureau, aux fenêtres et portes closes, j’ai senti l’odeur me prendre à la gorge, comme désormais trop souvent, et surtout, de plus en plus. On épand évidemment bien au-delà du vent « 3 beaufort » ce qui est légalement interdit (‘suffit de voir ce qu’annonce Météo France pour ma commune aujourd’hui et à l’heure de cet épandage : 30km, sans compter les rafales à 55 km/h ; c’est plus que constatable avec le feuillage bruyant des arbres environnants), mais ça, c’est évidemment légion et tout le monde s’en moque.
Ces saloperies mortifères empestent désormais de plus en plus le pétrole et une chimie qui ne doit pas être éloignée de beaucoup des gaz moutarde et autres inventions destructrices par temps de guerre.
Je n’en peux plus d’avoir pour les jours qui suivent ces épandages des maux de têtes à répétitions accompagnés de sensations d’étourdissements/vertiges et la gorge en feu, alors que je ne suis, en temps normal, ni sujet à l’un ou à l’autre. Ce sont des conséquences immédiates de ces épandages. Début septembre, parce que les moissons ont eu lieu très tôt cette année, les pousses de « mauvaises herbes » ou reprises spontanées de la culture fraîchement moissonnée ont été nombreuses après les déchaumages de juillet, alors plutôt que de recourir à l’alternative de désherbages mécaniques (ben oui, il semble qu’on ait oublié que ça existait depuis la nuit des temps, ça), on a eu droit à des hectolitres de désherbants épandus tout autour qui, là aussi, se sont avérés une petite catastrophe : maux de crâne et vertiges à répétition pdt 4/5 jours et toujours gorge piquante, et, pendant 1 mois – en fait jusqu’à ce qu’il se décide à revenir remuer un peu tout ça par sous-soleuse et autre rouleaux-émietteurs – chaque soir et chaque matin, à la « fraîche », l’odeur qui reprenait de plus belle, vous saisissait à la gorge et obligeait à rentrer se calfeutrer chez soi tellement ça puait pire que si on s’était trouvé au beau milieu d’un site industriel type Seveso 2…
Et que dire d’un autre épandage qui m’est resté en tête plus qu’un autre, opéré à la nuit tombée (nos chers agri adeptes de « l’intensif » doivent qd même un peu avoir notion de ce que les saloperies dont ils nous inondent l’environnement sont irrespirables pour « s’obliger » à faire ça à la lumière des phares) le 1er juin dernier sur des petits pois (j’imagine cette fois un « fongicide » (?)) qui ont rendu l’air proprement irrespirable au cœur même de notre maison, pourtant fermée de toutes parts, et ce, au moins jusqu’à ce qu’on arrive à trouver le sommeil en dépit de cette odeur sans nom. On a même hésité à partir ce soir-là tellement c’était intenable, mais au nom de quoi ? C’est chez nous ici !
Il est passé où le « bon air de la campagne », celle où je suis né, où je vis et n’ait pas l’intention qu’on m’en chasse ! Quand est-ce que le foutu « législateur » dont les incarnations doivent visiblement respirer plus souvent le « bon air des villes » (ça ne peut qu’être meilleur que ce qu’on nous inflige ici, c’est certain) va se décider à ouvrir les yeux et ses narines pour bouger le petit doigt et arrêter cette misère.
Les oiseaux qui ont disparu dont on entend parler depuis seulement le printemps dernier dans les média, moi aussi je peux en parler, et depuis plus longtemps que le printemps dernier, pour citer toutes les espèces que je ne vois plus ou si rarement depuis beau temps.

Nous avons élevé 3 enfants dans cette campagne, « notre campagne ». J’ai presque la honte de savoir que, ce faisant et en les nourrissant au passage avec mes légumes supposés cultivés bio (mais je ne suis pas dupe avec cet environnement, malheureusement…), je les ai certainement condamnés à des complications de santé qui arriveront sans doute pour avoir eu une « enfance heureuse à la campagne »…
Campagne juste détruite jour après jour sous nos yeux et empoisonnée sans aucun doute possible. Pas la peine de me chanter la marseillaise « d’études » qui ne prouveraient rien. Il n’y a qu’à y vivre et ouvrir ses yeux, ses oreilles (qui n’entendent plus le gobemouche gris, ni le chardonneret, ni le verdier, etc.) et ses narines pour savoir qu’on nous tue à petit feu au nom d’une « agriculture intensive pour nourrir la planète »… Foutaises d’un discours formaté de la FNSEA et de ses pourvoyeurs de fonds et autres lobbyistes de l’industrie agro-chimique qui se font du fric sur le dos d’agri obtus qui se refusent à voir et à entendre, empoisonnant tout ce qui vit dans nos campagnes, eux et nous compris.

On ne nourrit pas la planète avec du poison, on l’empoisonne, tout simplement.

11/10/18