La mort d’une prairie et des problèmes cardiaques

J’habite sur une colline dans la Manche. Ma maison était entourée de prairies qui n’avaient jamais été cultivées, couvertes de fleurs au printemps et bruissantes d’abeilles. Il y avait des arbres centenaires où je m’amusais à grimper quand j’étais enfant, des vaches y broutaient. C’était mon paradis. Il y a 3 ans, apparemment suite à une hausse massive de subventions, on a vu pousser partout des champs de maïs. Un beau matin, le jeune agriculteur qui avait repris le bail de la prairie voisine a décidé lui aussi de « l’exploiter ». En une matinée, tous les arbres ont été passés à la tronçonneuse et la prairie « grillée » par une abondante quantité de Roundup. Depuis ma maison est cernée à l’arrière comme à l’avant par des hectares de maïs et de blé abondamment traités. La semaine suivant l’épandage de Roundup, j’ai atterri aux urgences cardiaques suite à une douleur type infarctus. Les médecins n’en ont pas trouvé l’origine. L’année suivante, rebelote, mêmes douleurs après un nouvel épandage de roundup. Les autres membres de ma famille ont eu aussi des problèmes cardiaques : tachycardie, arythmie… J’ai également des sueurs nocturnes très intenses qui ont commencé depuis l’épandage il y a trois ans. Il semblerait que ce soit hormonal mais les médecins ne comprennent pas (j’ai 30 ans). Moi qui n’étais jamais malade, je passe ma vie chez le médecin. Toutes les abeilles, les insectes, les papillons ont totalement disparu. Il règne au printemps un silence de mort. J’ai essayé de dialoguer avec l’agriculteur, mais c’est impossible et suite à cette « discussion » à sens unique, nous avons trouvé un cadavre de chevreuil dans notre jardin. Mes chats sont tous morts de cancers foudroyants, avec des tumeurs qui ont impressionné le vétérinaire par leur grosseur et leur vélocité. Mon père a développé un cancer de la prostate, nombre de mes voisins sont malades (cancer du cerveau, lymphomes…). Je n’ai plus d’autre choix que de déménager et de quitter définitivement le paysage de mon enfance pour « sauver ma peau ». L’autre jour, dans un cimetière à Rennes, j’ai vu une pancarte « ce cimetière est entretenu sans pesticides ». Ca m’a fait sourire : les morts citadins sont plus en sécurité que les vivants à la campagne. Ma requête aux gouvernants : stoppez les subventions aux agriculteurs qui utilisent des produits chimiques, c’est la seule façon de cesser le massacre de la nature et de ses habitants.
Madame