Exposition des ouvriers agricoles dans l’arboriculture fruitière ( Tarn et Garonne)

Fils d’ouvrier agricole marocain ayant moi-même travaillé dans le domaine ma jeunesse, j’ai pu assister pendant plusieurs années aux dérives concernant l’épandage de pesticides dans les vergers de pommiers de plusieurs exploitations agricoles de la périphérie de Montauban, dans le Tarn et Garonne : personnel exposé sans protection, consigne de sécurité inexistantes, aucune information sur les risques encourus…Il a fallu attendre les année 90 pour que les manipulateurs de produits phytosanitaires puissent porter un masque et une combinaison. Pour les saisonniers, la seule parade consistait à passer d’un rayon à l’autre, le temps de laisser le » Nicolas » épandre son nuage de gouttelettes toxiques qui imprégnaient les vêtements des jours durant de cette odeur si particulière que je n’ai jamais oubliée. Quant à la riche faune qui peuplait les vergers dans les années 70 – huppes fasciées, lièvres, lapins, couleuvres à colliers – elle n’existe plus que dans mes souvenirs d’enfants.

Aujourd’hui retraité, mon père souffre de lourds problèmes dermatologiques résistants aux traitements. Son cousin et collègue de travail est décédé il y’a cinq ans d’un cancer du cerveau. Et quid de la masse des ouvriers immigrés précarisés- marocains, portugais espagnols, polonais aujourd’hui – dont beaucoup, une fois rentrés au pays, souffrent des séquelles de leurs conditions de travail ? Entendra-t-on un jour la voix de ces autres victimes d’un modèle agricole mortifère ? En Amérique latine, aux Antilles, le scandale de l’exposition aux pesticides chez les ouvriers travaillant dans les fermes bananières a été l’occasion de médiatiser leur situation. Peut-on un jour imaginer la même chose en France?