Biberonnée aux pesticides, 20 ans passés le nez dans le raisin

Je suis née à Bordeaux en 1989.

Mes parents ont fait construire une maison en 1985, à Gradignan, ville de proche banlieue.
La prairie à moutons jouxtant les habitations a rapidement laissé place à un vignoble.
La clôture du jardin est distante de moins de 3m des derniers rangs de vignes. Aucune haie ou autre dispositif pour séparer le jardin de l\’exploitation. Aussi loin que mes souvenirs remontent, nous, les enfants du quartier, y passions le plus clair de notre temps. Nous mangions le raisin et assistions au ballet fréquent des tracteurs qui épandent les produits.
Le potager de ma mère est accolé à la barrière du jardin. Arrosé par l\’eau du puit foré sur le terrain.
Alors, certes, pas de problème respiratoire à signaler. Ni même d\’allergie. Mais…
Depuis mes 21 ans je connais de profondes et longues dépressions. Incompréhensibles jusqu\’au diagnostique. Il y a un an, les médecins me déclarent atteinte d\’une pathologie mentale. Je suis touchée par la bipolarité(maniacodépression).
Compliqué à prouver le lien de cause à effets, c\’est vrai. Mais lorsque je lis des articles médicaux qui pointent du doigt la pollution environnementale comme un des facteurs de la maladie. Quand on sait que la maladie est imputable à un dérèglement hormonal, que ces maladies mentales sont en augmentation significative, augmentation tout aussi importante que l\’existence de perturbateurs endocriniens dans notre environnement… Moi je me dis que quand même, le lien n\’est pas anodin.

Toujours dans la grande lignée des perturbations endocriniennes, ma mère souffre de problème de thyroïde depuis bientôt 5 ans.

Aujourd\’hui les machines passent régulièrement devant moi. Je me renseigne sur les produits utilisés, interpelle la mairie… Je me sens seule au milieu de l\’indifférence générale.

11/01/19